Printemps
Au centre d’appel où je travaille, tout le monde vibrait. On aurait dit qu’on leur avait collé une pile dans le derche. Il faut dire que le printemps avait sonné la charge, avec quelques jours d’avance. La chaleur suintait et je sentais monter la sève tout autour de moi. J’ai lâché précipitamment mon clavier braille et mon casque : Amandine était passé pour me dire de me magner le train, pour le club de piscine. J’oublie toujours l’heure, et elle le sait, alors elle passe me secouer les puces.
J’ai pris l’escalier ; il y bien un ascenseur mais il tombe souvent en carafe. D’ailleurs, je sais exactement quand ça va arriver, à la façon dont les câbles vibrent jusque dans mes pieds. Et puis, je déteste les ascenseurs, ils puent le tabac froid et tout y est poisseux. Et ça me fait du bien de me dégourdir les arpions.
J’étais au niveau du troisième, et une fille montait au second en soufflant. J’ai entendu la minuterie qui s’arrêtait. Aussitôt, elle s’est mise à chercher le bouton à tâtons. Moi je suis descendu, tranquille, et je me suis placé à côté du bouton. Quand elle l’a trouvé et qu ‘elle a appuyé dessus, elle m’a vu et elle a hurlé.Puis elle s’est excusée. Je suis parti, sans rien dire, mine de rien, et je me suis bien marré, j’adore ce coup-là.
Dans la rue, il y avait plein de gens. Surtout des touristes qui traînaient. D’habitude, j’ai du mal à les éviter parce qu’ils cherchent leur chemin, ils ne font pas attention. Mais là, ils étaient en sueur, je les repérais à 3 mètres.
Les Parisiens, eux, ils tracent, ils savent où ils vont, j’entends le petit pas de côté qu’ils font pour m’éviter.
Trop de monde dans l’escalier du métro : j’ai du utiliser la rampe en aluminium froid pour me tenir.
Je déteste la ligne 14 à la station Madeleine : tout est neuf, on sent le bois, le verre, le métal mais ça pu les égouts. Ces cons, quand ils ont creusé la station, ils ont percé des tuyaux, et ça fuit de partout. Au début, je manquais de me ramasser, entre les flaques et les bassines qu’ils mettent partout. Mais maintenant, je connais les fuites par cœur et je détecte même les nouvelles avant eux.
A part l’odeur, j’aime bien traîner sur le quai du métro. Il y a plein de filles. J’aime bien quand elles m’observent. C’est surtout les touriste qui font ça, les Parisiennes sont plus discrètes. Je me dis : Paulo, tu représentes la France, faut faire bonne figure. Et je fais un beau sourire, ça leur plait. Celles qui m’énervent, c’est les Américaines, avec leur chewing-gum. J’ai horreur qu’on me mâche dans les esgourdes.
Quelques fois, la rame est pleine, ça déborde, alors je la laisse passer, j’attends la suivante. Mais là, rien à faire, heure de pointe. A la deuxième, j’ai du monter, sinon la piscine était à l’eau. Quand il y a de la place, je me colle face à la première place à droite de l’entrée. J’attends quelques secondes et je m’assois. Il est rare que je me retrouve sur les genoux de quelqu'un, ils s’enlèvent avant.
Mais là, c’était blindé. J’ai foncé dans le tas et j’ai attrapé une poignée. J’étais entouré par une bande d’ados bruyants, genre sortie de classe. Mais il y avait cette fille, à ma gauche. A chaque cahot, elle levait la main, pour me retenir. Elle ne m’a pas touché, au début, alors j’ai un peu exagéré le mouvement et j’ai senti sa main sur mon épaule, à peine effleurée. Elle me plaisait.
Dommage, elle n’est pas descendue à Châtelet avec moi.
Enfin, après tout ça j’ai fait une bonne séance de natation et ça m’a rafraîchi les idées.
ASM, 16 mars 2005

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